Back

Younes Baba Ali

6
Beau Vignet
Place Saint-Martin
Tourinnes-la-Grosse


Tout le monde s’appelle Mohamed, 2014 – Courtesy de l’artiste

Une voix scande le prénom masculin aujourd’hui le plus courant en Région bruxelloise mais qui désigne aussi dans la culture maghrébine un homme dont on ne connaît pas l’identité. Insistante, elle nous entraîne dans un milieu indéterminé, entre l’Orient et l’Occident. Elle nous emporte dans un questionnement sur les processus identitaires à l’œuvre dans une société de plus en plus multiculturelle. On s’installe dans cette voix, on l’incarne, on lui donne peut-être un visage. On cherche le sens de l’énoncé : une réalité évidente, inattendue, riche ou difficile ? Un peu tout à la fois et d’autres choses encore. Sur cette voix pourrait flotter l’évocation de nos cités grandissantes, fluctuantes et décousues. Des villes qui changent vite, notamment au gré de mouvements de population constants. Elles fourmillent de multiples existences anonymes, réelles et floues en même temps, qui s’y construisent en s’attachant à des racines souvent lointaines, avec la part paradoxale de détachement nécessaire, voire d’égarement. La voix nous emmène dans les zones fébriles mais vitales où nous osons interpeller nos idées des cultures et des religions.

Une autre voix accompagne des images d’une conversation dont les corps et les visages sont absents. Elle explique avec précision comment se grappiller une place dans les arcanes des aides sociales. C’est plus compliqué quand on ne vient pas d’un pays européen… Une lumière très blanche, presque surexposée, baigne froidement les objets posés sur la table de la rencontre. Ils sont les signes d’une bureaucratie qui couvre une grande solitude : tasse banale, stylo quelconque, dossier anonyme et… cigarette. Y émerge nettement, de temps à autre, le vert. Le vert apaisant des dimanches ordinaires ? Non, celui du tapis d’un jeu de billard : la couleur du hasard, du jeu, du destin, du sort, de la chance. De l’argent aussi. Le vert instable et ambigu, donc inquiétant. Le temps de la conversation, la cigarette se consume dans le cendrier vert. L’énoncé lance les dés qui détermineront des existences floues, avec mariage blanc et domicile fantôme. La cigarette pourrait se joindre à l’apparition du rouge : le feu, le sang, l’oppression, la révolution….