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Sofi van Saltbommel

Il pleut cet après-midi mais l’atelier de Sofi est comme une grotte solaire au fond d’une arrière-cour. L’empilement de boîtes transparentes laisse entrevoir de petites choses étranges et délicates. Les figures singulières en céramique cohabitent avec les figurines décoratives chinées aux puces, si familières qu’on ne les regarderait pas si l’on ne pressentait de subtiles métamorphoses. On est là un peu hors du monde, étourdis mais l’esprit clair.

sofi Tourinnes 01

Sofi parle avec précision de son travail. Comment elle s’est trouvée en connivence profonde et sensuelle avec la terre ; sa plasticité l’amenant à l’exploration du vide, du creux, de la matrice, du moulage. La terre évoque tant de choses essentielles, originelles, sensorielles. S’appropriant les gestes de l’artisan, l’artiste éprouve intensément le rapport à la matière, aux corps. Mystérieuses et émouvantes, ses céramiques sont comme des brèches où l’imaginaire s’engouffre intuitivement. La femme, la féminité, la fécondité y sont au cœur des formes, sans jamais se donner entièrement. L’artiste travaille la substance charnelle et compose des associations évocatrices en affiliant des objets modelés, trouvés ou usinés ; en explorant l’interpénétration et la transformation des matières et des sensations.

L’écurie a inspiré à l’artiste la figure ambivalente du cheval. Les mors, les sangles et la croupière comme son sexe énorme et sa crinière domptée évoquent la puissance et la sauvagerie autant que la fragilité et la fidélité de l’animal. La terre, le gré et les cheveux s’imbriquent aux murs blancs favorisant une lecture organique allant de l’ossature aux détails. Ailleurs, un fauteuil en skaï orange a suggéré une sculpture de textile qui s’y entremêle mollement. L’un et l’autre sont en profonde contigüité avec les lieux. Une relation à l’espace qui rappelle la signification paradoxale du mal du pays exprimée par l’artiste qui allie un besoin vital d’enracinement et une difficulté à quitter ses repères à une souplesse, une inventivité pour habiter les lieux.

Pauline Meunier

Née en 1973, Sofi Van Saltbommel a étudié la sculpture à l’Académie Royale des Beaux-Arts de Gand puis de Bruxelles et la céramique à l’Ecole des Arts d’Ixelles. Membre de l’équipe pédagogique de l’Ensav La Cambre, elle enseigne également la céramique à l’Ecole des Arts d’Uccle. Artiste multiple, elle mêle plusieurs techniques et formes de création notamment en assemblant des objets associés au corps féminin (tétines, bandes hygiéniques, fourrures…) qui dégagent une sensation troublante tant il y a de la légèreté et de l’ironie à réinventer des matériaux intimes et souvent dissimulés. Sofi tourne aussi, creuse, malaxe et cuit la terre la transformant en céramiques énigmatiques.

Les deux productions engagent le spectateur dans un rapport tactile, une proximité charnelle voire sensuelle. Le corps, ses organes et ses textures, se décline avec douceur mais dans une saisissante matérialité, de ses profondeurs intimes aux jeux des apparences. Depuis 1995, elle expose fréquemment à travers expositions personnelles et collectives, en Belgique et à l’étranger.