Back

Elodie Antoine

Des mangeoires de cette écurie aux murs crayeux, s’étire du tissu doré… Une zone de turbulence, un corps fluide qui prolifère, parasite, phagocyte ou s’extirpe de la massivité des murs. Une bactérie dans l’inaltéré pharmaceutique ? Une cellule dégénérescente gonflant la ligne claire ? Une matière vivante animant le blanc dolent ? Une contradiction ! Fluide et chaude, de la couleur du faste, de la fécondité, de l’éclat.

L’inquiétante prolifération pourrait bien se muer en excroissance libératrice. Les murs blancs deviendraient le lieu d’un enchevêtrement fascinant de sensations apparemment contraires : dégénérescence et régénérescence, oppression et respiration, normalité et malformation…

homesick -E-AntoineAilleurs, c’est de l’extérieur du bâtiment que jaillit l’incongru : les fenêtres saignent du linge. Si la maison peut paraître comme une forme à remplir et ses ouvertures comme un aimant pour notre curiosité vers ses entrailles ; voici qu’elle apparaît carrément comme un visage qui crache, soupire et transpire. Et si ce visage appelait des images de vacances, particulièrement de routes dans la nuit où, éclairées par des phares, les maisons apparaissent fantasmagoriques, comme des êtres nauséeux qui tremblent et respirent. Alors, de ces incongruités lingères, émerge notre capacité, ou notre besoin, d’humaniser l’inerte.

Des objets, des corps et des matières qui s’usent, se ternissent, se dépouillent. Tel est le processus naturel du vieillissement. Et si un fauteuil s’étirait, se frangeait ou se champignonnait de lui-même, avec précision et onctuosité, bousculant nos repères hors de ses accoudoirs ? Créant une difformité légère, une anormalité dans le temps ordinaire des choses ; le voici engendrant une anomalie dans leur existence habituelle dans nos imaginaires affectifs et culturels. Et l’artiste d’insuffler des décalages singuliers dans nos repères et archétypes, des distorsions, des contagions ambigües dans nos paysages quotidiens.

Pauline Meunier

Elodie Antoine est née en 1978. Elle vit et travaille à Bruxelles. Diplômée de l’atelier de sculpture de l’ENSAV La Cambre en 2002, elle poursuit sa formation notamment à la création de feutre ou de dentelles aux fuseaux à l’Académie d’été de Libramont. Depuis 2004, de nombreuses expositions de groupe l’ont menée dans divers coins du pays ainsi qu’en France, en Suisse, en Slovénie, en Italie, à Séoul. Elle a également exposé ses sculptures hybrides minutieusement cousues dans des matières souples, jouant des contraires et contrariant les stéréotypes, dans plusieurs expositions individuelles, entre autres à la Galerie Frédéric Desimpel, à la B-Gallery et au Musée du costume et de la dentelle de Bruxelles. Elodie Antoine a reçu le Prix de la Jeune Sculpture de la Communauté française de Belgique et celui du Luxembourg Arts Plastiques.

www.elodieantoine.be